Genèse du projet

Tout a commencé à une séance de projection de l’Office national du film du Canada au Musée de la civilisation à Gatineau. C’est à cette occasion que la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a prononcé les mots qui allaient inspirer le lancement d’un projet excitant.

« Je me rappelle avoir regardé des films de l’ONF dans ma communauté, au Nunavut, quand j’étais jeune, a dit la ministre, après avoir vu Passage (John Walker, PTV Productions 2008). Ce sont des films merveilleux. Ce serait formidable de pouvoir les revoir. »

Madame Aglukkaq exprimait ainsi le souhait d’un grand nombre de personnes. Étant donné que tous les yeux sont maintenant tournés vers cette région en changement qu’est l’Arctique et, qu’au Nord comme au Sud, on veut connaître son passé, son présent et son avenir, il était manifestement temps de passer à l’action et de rendre les histoires du Grand Nord accessibles à tous et à toutes.

Le commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l\’Office national du film du Canada, Tom Perlmutter, et le commissaire adjoint, Claude Jolicœur, ont décidé de recenser tous les films de la collection de l’ONF réalisés par des Inuit ou portant sur les Inuit. Ils ont dénombré plus de 100 titres, ce qui représente la plus importante collection de films inuits dans le monde. Ils ont aussi constaté que la plupart de ces films, pour une raison ou une autre, n’étaient pas distribués à grande échelle.

L’ONF a donc établi un partenariat avec le Secrétariat des relations avec les Inuit d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, le gouvernement du Nunavut et son ministère de l’éducation ainsi qu’avec le soutien d’autres organisations inuites. On a formé un comité consultatif, dont font partie des représentants de diverses organisations inuites et de chacune des régions inuites. Trois personnes se sont jointes au projet en tant que conseillers spéciaux : la traductrice et militante Martha Flaherty, l’un des fondateurs du Nunavut, Peter Irniq, et le directeur du département d’inuktitut de l’Institut culturel Avataq, Zebedee Nungak. Ils ont collaboré aux versions en inuktitut des films et c’est Zebedee Nungak qui a eu l’idée du mot Unikkausivut, qui veut dire « transmettre nos histoires », pour nommer ce projet.

Les 110 films de la collection Unikkausivut couvrent sept décennies de productions de l’ONF sur le Grand Nord. On y trouve des titres contemporains et même des projets auxquels travaillent encore des créateurs inuits et dont la sortie est prévue sous peu.

Après avoir consulté les experts de la collection de l’ONF, Marc St-Pierre et Albert Ohayon, le comité a décidé qu’il était important de montrer l’évolution des films de la collection. Ainsi, ceux des années 1940, 1950 et 1960, qui adoptent une perspective « ethnographique », représentent les Inuit à partir du point de vue d’étrangers blancs. Ces premiers films présentent un intérêt historique, puisqu’ils documentent un mode de vie maintenant disparu. Dans les années 1970, un nouveau type de film inuit a vu le jour et, depuis l’arrivée du nouveau millénaire, on assiste à un véritable essor du cinéma inuit.

Du film instructif Comment construire votre iglou (Douglas Wilkinson, 1949) à Entre deux mondes (Barry Greenwald, Investigative Productions Inc.,1990), lequel raconte l’histoire du grand chasseur inuit Joseph Idlout qui a abandonné le mode de vie traditionnel pour finir par perdre son identité, Unikkausivut permet d’offrir ces belles histoires de la vie dans le Grand Nord à l’ensemble des Canadiens, sans oublier les Inuit, lesquels sont impatients de voir les histoires qui émanent de leurs communautés portées à l’écran.

L’an dernier, dans le cadre des événements entourant les excuses du gouvernement fédéral aux Inuit pour les déportations de populations en Extrême-Arctique dans les années 1950, le film Martha qui vient du froid (Marquise Lepage, Les productions Virage inc., 2009) a été présenté à Inukjuak, au Nunavik. Ce documentaire, qui fait partie de la collection Unikkausivut, raconte les répercussions de cette déportation sur une famille inuite. La réaction de l’auditoire a été très émotive. Le film, en racontant un pan de l’histoire des Inuit, leur a permis en quelque sorte de se la réapproprier.

Paul Parsons, maire de Kuujjuuaq, a bien mis en lumière l’importance de faire connaître de telles histoires en disant que « ces films sont de précieux outils pour nos jeunes ».

Transmettre les fascinantes histoires du Nord est une façon de garder vivante une culture unique et, ce faisant, de se révéler aux autres. Il importe donc que l’ensemble de la population canadienne voit ces films.